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Catafalque (ta)

Catafalque (ta)

Début du VIe siècle. Dynastie des Wei du Nord (386-535)
Chine septentrionale
Grès
H. 0,45; L. 2,12; P. 0,15
MC. 9946

Bien que les Chinois désignent ce type d'objet par le caractère gang, "lit", de tels soubassements, placés dans la salle la plus profonde du tombeau, supportaient à la manière d'un catafalque (ta) le sarcophage du défunt et divers éléments du mobilier funéraire. Les ta sont formés d'un long "linteau" de pierre, soutenu par trois larges pieds carrés. La tombe de Sima Jinlong, datée 484, découverte dans le village de Shijiazhai, dans la province du Shanxi, présente un dispositif semblable encore in situ (Shanxi, 1972). Parmi les ta conservés en Occident, le Museum of Fine Arts de Boston possède l'exemplaire le plus complet. Adossé le long d'un mur, les côtés fermés par des plaques  sur toute la hauteur, sa terrasse soutient une représentation miniature de la porte de la tombe. Un mur est percé d'une large ouverture flanquée de deux piles de taille graduée. Afin de rendre l'illusion plus parfaite, le faîte du mur et des piles porte un délicat décor de tuiles sculptées en trompe-l'oeil. Une théorie d'assistants comme abrités sous le portique ainsi créé s'y déploye, leur groupe scandé par de délicates colonnettes. On peut logiquement penser que deux reliefs délimitant une ouverture comparable , au Museum für Ostasiatische Kunst de Cologne, proviennent d'un dispositif analogue. 
Toutes ces œuvres, à l'exception des ta de Toronto, de Cleveland et de Bruxelles, possèdent des iconographies identiques, quoique plus ou moins explicitées. Un masque grimaçant à caractère prophylactique en décore le pied central. Ce monstre présente tantôt une stylisation ornementale qui le relie aux antiques taotie du vocabulaire thématique de la Chine archaïque (San Francisco, Rietberg), caractérisé par des cornes, des yeux globuleux, des crocs et une langue pendante, tantôt une plus grande animalité (Boston, Lally, coll. Lu). Le masque du gang du musée Cernuschi, si déformé qu'il en est presque méconnaissable, participe du premier groupe. 
Les pieds latéraux portent tantôt des génies ailés à l'expression courroucée (San Francisco, Cernuschi), tantôt des lions ailés à tête humaine (col. Lu), tantôt de simples lions, ailés ou dépourvus d'ailes (Boston, Toronto, Lally). L'exemplaire du Rietberg Museum, le plus explicite, rassemble les deux thèmes. En dessous des génies ailés et bondissants, des félins, eux-mêmes pourvus d'ailes, s'avancent d'une manière menaçante. Ces protecteurs redoutables doivent être rapprochés des dix-huit monstres de la pierre tombale datée de 522 de Dame Yuan (dynastie des Wei du Nord). L'un de ces êtres fantastiques tirant la langue est appelé Changshe, "Longue langue". Deux autres, aux dents saillantes, comme sur le catafalque du Rietberg Museum, sont identifiés comme des pidian, "Eclairs de lumière". 
Le décor de la partie supérieure des linteaux reste énigmatique. Partagés en panneaux souvent rectangulaires mais parfois losangés (Rietberg Museum), hexagonaux (Boston) ou délimités par des rinceaux ovoïdes (coll. Lu), ces frises sont ornées d'animaux fantastiques, le plus souvent gravés et difficilement identifiables, groupés en séquences parfois répétitives et parfois disposées en symétrie en miroir. On distingue sur chacune des œuvres des dragons et des oiseaux. Il serait tentant d'évoquer à leur propos les animaux associés traditionnellement en Chine aux quatre orients (dragon à l'Est, phénix au Sud, tigre à l'Ouest et tortue au Nord), mais les listes ne concordent pas. Il est de même difficile d'identifier les créatures mythiques gravées sur le  linteau du gang du musée Cernuschi. Ces monstres ailés constituent deux séries de six, réparties symétriquement par rapport au centre. Ce cortège d'animaux et d'êtres monstrueux n'est pas sans évoquer les panneaux qui décorent les côtés de la stèle funéraire du prince Xiaohong, qui fut érigée près de Najing, en 526.
Tous ces gang présentent un élément iconographique supplémentaire. Leur linteau porte, dans leur  partie inférieure, un même registre décoré d'ondes stylisées. Sans texte chinois explicite, il est difficile de donner une quelconque signification iconologique à ce motif. Celui du musée Cernuschi porte encore des traces rouges d'une ancienne polychromie. Une rangée de pétales de lotus décore la partie supérieure des linteaux (...) La forme des pétales peut être comparée à des motifs similaires dans les grottes bouddhiques de Gongxian.
On ignore si, tel le gang de la tombe de Sima Jinlong, les autres catafalques proviennent tous de Chine du Nord. De même, tous les auteurs situent la plupart de ces gang dans la première moitié du VIe siècle. Or, bien que présentant de nombreuses affinités stylistiques, leur facture trahit l'activité de plusieurs ateliers bien distincts ou l'existence de fourchettes chronologiques  plus étendues dans le temps qu'on ne le supposerait à première vue. (....).  Le soubassement du musée Cernuschi, par la stylisation exceptionnelle des figures en relief de ses pieds, traduit une production provinciale. Les parties gravées, par contre, le rapprochent de celui de San Francisco.

Auteur de la notice : Gilles Béguin
Collection : Époque des Trois Royaumes (220-265) et des Six Dynasties (311-589)
Mode d'acquisition : Don de M. Jean-Michel Beurdeley en hommage à Cécile Beurdeley, 1997
Référence(s)

Arts d'Asie: Collection Beurdeley et Cie (vente Paris, Drouot, 11-12/12/1997), n°70
Gilles Béguin, Activités du musée Cernuschi, Arts asiatiques, 1998, t.53, p. 89
Meisterwerke aus China, Korea und Japan im Museum für Ostasiatische Kunst, Köln, Osaka/Kobe, General Consulat der Bundesrepublik Deutschland, 1997, p. 13 et 123, n°13
Annette Juliano - Judith A.  Lerner, "Stone Mortuary Furnishings of Northern China in 6th Century" in Croës, 2004, p.24-56
Hennan sheng wenhuaqu wenwu Gongzuodui, Gongxian Shiku (Les sanctuaires rupestres de Gongxian) Beijing, 1963
Art chinois, Musée Cernuschi, acquisitions 1993-2004, Paris Musées/Editions Findakly, 2005,
p.85-86-87

Catafalque, début du VIe siècle, Dynastie des Wei du Nord © Patrick Pierrain/Musée Cernuschi/Roger-Viollet
© Musée Cernuschi