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Papillon noir et camélia

Papillon noir et camélia

Yu Fei’an 于非闇
1889-1959

Daté 1947
Encre et couleurs sur papier
H. 82 cm ; L. 40,6 cm
MC 8729

Inscription : 北宋刻絲猶存晉唐花鳥拙厚葷檏遺意,南宋則織弱繁競以巧勝矣。今春友以滇茶貽,用刻絲法往復寫之此其一焉。丁亥夏五玉山碩齋雨窗並記。非闇。

Sceaux : 1.于照之印(白文) 2. 非厂居士 (朱文)  

Traduction : Les kesi des Song du Nord conservent encore la force et la simplicité des fleurs et des oiseaux des Jin et des Tang dont ils ont hérité, [ceux] des Song du Sud [au style] faible et orné l’emportent par leur savoir-faire. Ce printemps, un ami m’a offert une fleur de camélia du Yunnan. J’ai utilisé la technique du kesi pour la reproduire. [Peint] et inscrit pendant l’été de l’année Dinghai [1947], au pavillon Wuyushanyan, avec la pluie [qui tombe] à la fenêtre. Fei’an.

 

 

L’inscription, tracée dans le style de l’ « or élancé », un type d’écriture associé à l’empereur Huizong, évoque les kesi, ces tapisseries à petit point formant des tableaux dont les motifs sont souvent empruntés à la peinture. Ainsi, les sujets floraux Song dont Yu Fei’an appréciait le style coloré et naturel, furent souvent transposés sous la forme de kesi. Yu Fei’an s’inspire ici de ces motifs anciens : il dépeint la fleur de camélia du Yunnan que lui a offert son ami en utilisant « la méthode du kesi ». La retenue rigoureuse du trait, l’application uniforme de la couleur verte des feuilles sont en accord avec la simplicité antique des Song du Nord, qui est explicitement préférée au raffinement des Song du Sud.

Cette peinture est emblématique du projet esthétique de Yu Fei’an. Le peintre entend prendre à contre-pied une certaine idée de la tradition lettrée afin de restaurer un style oublié, celui de l’académie des Song du Nord, et une technique méprisée, celle de la peinture gongbi, qui requiert une finesse et un savoir-faire comparable à ceux des tapisseries kesi. Ce projet, parfois qualifié de conservateur, est néanmoins en accord avec l’effort accompli par nombre d’artistes chinois de l’époque moderne pour se rapprocher de la nature, dans une démarche empreinte de réalisme.

Dans le même esprit, ses recherches sur la couleur, en permettant au peintre moderne de s’approprier la totalité de l’héritage de la Chine ancienne sans négliger les sources archéologiques ou artisanales, apportent un contrepoint essentiel à une tradition critique historiquement dominée par les réflexions sur le trait du pinceau. Les teintes éclatantes de ses fleurs de pivoines, qui s’imposent par rapport au rendu à l’encre des tiges et des feuilles, sont l’expression de cet effort pour rénover la couleur dans la peinture chinoise.

Auteur de la notice : Eric Lefebvre
Collection : Chine moderne et contemporaine ( depuis 1911)
Mode d'acquisition : Don Guo Youshou, 1953
Référence(s)

Bobot, Marie-Thérèse, Musée Cernuschi: collection des peintures et calligraphies chinoises contemporaines, collection du musée Cernuschi, Alençon : Imprimerie alençonnaise, 1985

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