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Tigre

Tigre

XVIIIe-XIXe siècle
Epoque d’Edo (1615-1868)
Bois laqué et doré, yeux incrustés
H : 88 cm L : 137 cm
M.C. 2162

Ce grand tigre en bois laqué et doré, avant d’être acquis par Cernuschi, était la propriété de  Sarah Bernhardt (1844-1923) la grande star des théâtres parisiens de la fin du  XIXe siècle. Voici comment Edmond de Goncourt dans son journal relate, à l’entrée du 17 janvier 1885, l’acquisition du tigre par Cernuschi : « Aujourd’hui chez Sichel, Cernuschi racontait que le jour de la première de Théodora, il a reçu une lettre de Sarah Bernhardt à peu près en ces termes : « Je suis pauvre comme mon aïeul Job : voulez-vous m’acheter mon tigre en bois que j’ai payé 6.000 francs chez Bing ?... Mais j’ai besoin d’argent tout de suite… Je m’adresse à vous parce que mon tigre est superbe et japonais ». Gaston Migeon rapporte une anecdote différente.  Selon lui, l’actrice se serait présentée chez Cernuschi et lui aurait proposé le tigre. Ayant obtenu l’accord de Cernuschi, elle lui aurait alors dit : «Prenez-le, Monsieur Cernuschi, il est en bas. » Elle aurait apporté le tigre dans sa voiture. L’actrice avait acheté son « tigre » chez le marchand Siegfried Bing : une gravure représentant la vitrine du magasins dans ces années là, par Henri Somm, montre le tigre au milieu de sculptures et d’objets asiatiques. Bing l’avait probablement acquis au Japon pour une somme très modeste ; Philippe Sichel se souvenait avoir vu le tigre devant une boutique d’antiquités à Ōsaka et avoir refusé de l’acheter pour 50 francs.

En 1883, Gonse présenta ce tigre dans une exposition, rue de Sèze, à la galerie Georges Petit. Il appartenait encore à Sarah Bernhardt. Le tigre n’apparaît pas dans son ouvrage, L’Art japonais, publié la même année, mais il est mentionné dans la seconde édition de 1886. Sarah Bernhardt créa le rôle de Théodora, dans la pièce éponyme de Victorien Sardou, en 1884 au théâtre de la Porte Saint-Martin. La date de 1884 pour cette acquisition par Cernuschi paraît tout à fait probable. C’est un exemple de pièces achetées en France ou en Europe par Cernuschi pour « compléter » sa collection. Mais plutôt que le souci d’exhaustivité, on peut penser que c’est le plaisir de créer l’événement, et de raconter l’anecdote, qui a motivé le geste. La rumeur et le « fait divers » sont au ainsi au cœur du phénomène du collectionnisme.

Auteur de la notice : Michel Maucuer
Collection : Arts décoratifs du Japon
Mode d'acquisition : Legs Henri Cernuschi, 1896.
Référence(s)

Musée Cernuschi. Art animalier au temps des derniers Shogun (XVIIIe - XIXe siècles) : animaux d'Edo - Fonds Cernuschi 1871 – 1872. Paris, 1986  [catalogue d’exposition illustré en noir]. n°141, p.120.

Tigre
© Musée Cernuschi