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Yang guifei

Yang guifei

Zhang Daqian 張大千
1899-1983

Daté 1945
Encre sur papier
H. 164,2 cm ; L. 72,5 cm
M.C. 8708

Inscription et signature : 開元中,嶺南獻白鸚鵡飬之宮中。歲久頗聰慧洞曉言詞上及貴妃皆乎雪衣娘。上今以近代詞臣詩篇授之,數遍便可諷誦。上每与貴妃及諸王博戲,上稍不勝,左右呼雪衣娘,必飛入局中鼓舞,以乱其行列,或啄嬪御及諸王手,使不能爭道。

乙西七月雨後清涼偶閱明皇雜錄放筆為此頃刻而就。大千居士爰。

 

Sceaux du peintre : 1. 張爰 (白文) 2. 爰居士(朱文) 3. 遊戲神通(朱文) 4. 摩登戒體(朱文) 5. 大千象髪(白文)

 

Traduction : À l’époque Kaiyuan [713-741], les contrées du Sud de la Chine envoyèrent à l’empereur une perruche blanche douée d’une extrême intelligence et parlant parfaitement le langage humain. L’empereur et Yang guifei l’appelèrent la Demoiselle en blanc et celui-ci ordonna de lui faire apprendre par cœur les œuvres des poètes du temps. Ce qui fut fait très rapidement. L’empereur jouait souvent aux cartes avec les princes et Yang guifei. Lorsque le jeu ne lui était pas favorable, il appelait la Demoiselle en blanc qui venait à temps brouiller les cartes et annuler la partie.

Au septième mois de l’année Yiyou [1945], par une journée fraîche, après la pluie. Je lis par hasard les chroniques de l’époque des Tang et peins ce passage en quelques instants. L’ermite Daqian, Yuan. (M.-T. B.)

 

 

La concubine impériale Yang 楊貴妃 (719-756), par sa beauté et son destin tragique, devait nourrir l’imaginaire littéraire et pictural de la Chine, depuis l’époque des Tang jusqu’au XXème siècle. Pour Zhang Daqian, l’image de Yang guifei représentait une alternative esthétique au canon féminin qui s’était imposé dans la peinture de personnage depuis l’époque des Ming. Le peintre considérait en effet qu’il fallait en finir avec l’idéal de beauté évanescente incarné par Lin Dayu 林黛玉, l’héroïne du Rêve dans le pavillon rouge. Ainsi la concubine impériale, célèbre pour son embonpoint, allait devenir le modèle de la « beauté vigoureuse », jianmei 建美, que Zhang Daqian entendait promouvoir.

Ces remarques doivent être rapprochées des réflexions du peintre sur l’histoire de la peinture de personnage. Pour lui, ce genre avait connu son apogée à l’époque des Tang, avant d’entrer dans une longue phase de déclin. Le canon de beauté incarné par Yang guifei correspondait donc à l’âge d’or de la peinture de personnage. Le long séjour de Zhang Daqian à Dunhuang allait lui permettre de se confronter directement à l’art de cette époque. La peinture conservée au musée Cernuschi est datée de 1945, soit deux après le retour de Dunhuang. Cette œuvre monochrome se distingue des copies des peintures murales anciennes, à la riche polychromie. Néanmoins, les traits du visage, la torsion du corps, les détails du costume, sont visiblement dérivés des représentations bouddhiques copiées à Dunhuang. Dans cette composition éminemment profane, Zhang Daqian se souvient du caractère sculptural des figures de Dunhuang, qu’il anime par un travail du pinceau enlevé.

Zhang Daqian aurait réalisé au moins deux autres versions de cette œuvre. L’une datée de 1946, est extrêmement proche de la peinture du musée Cernuschi. La seconde, datée de 1953, présente une vive polychromie. Cette série de peintures témoigne donc de la fusion progressive du trait et de la couleur de Dunhuang avec le style de Zhang Daqian dans la deuxième moitié des années 1940.

Auteur de la notice : Eric Lefebvre
Collection : Chine moderne et contemporaine ( depuis 1911)
Mode d'acquisition : Don Guo Youshou, 1953
Référence(s)

Bobot, Marie-Thérèse, Musée Cernuschi: collection des peintures et calligraphies chinoises contemporaines, collection du musée Cernuschi, Alençon : Imprimerie alençonnaise, 1985.

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© Musée Cernuschi