La Société française d’étude de la céramique orientale (SFECO) et le musée Cernuschi s’associent, dans le cadre du Printemps asiatique, pour organiser deux journées d’étude consacrées au thé. Conservateurs et universitaires discuteront de la culture et de la diffusion du thé en Asie orientale, à travers ses productions matérielles, ses modes de consommation, sans oublier l’esthétique développée autour de ce breuvage. Seront également évoquées l’introduction en Europe du thé depuis l’Asie et, grâce notamment à l’intervention de galeristes et d’un céramiste, la création céramique contemporaine.

LIVESTREAM : https://sfeco.cernuschi.live

 

Dates et horaires
Vendredi 6 juin 2025 de 9h à 16h30
Samedi 7 juin 2025 de 9h30 à 12h

Les interventions de ces journées pourront également être suivies gratuitement en ligne. 
https://sfeco.cernuschi.live
Certaines interventions se feront en anglais sans traduction.

Lieu
Auditorium du musée Cernuschi

Tarif
Gratuit, sans inscription
Dans la limite des places disponibles

Journées d'étude

PROGRAMME

Vendredi 6 juin 2025

9h. Accueil et introduction

Mael Bellec, conservateur en chef, responsable des collections chinoises et coréennes du musée Cernuschi.

9h30. Le thé : production, diffusion

9h30. L’histoire du thé : une peinture de Wu Zuoren
Mael Bellec, conservateur en chef, responsable des collections chinoises et coréennes du musée Cernuschi.
En 1945, Wu Zuoren (1908-1997) peignait un long rouleau horizontal décrivant le transport du thé de la Chine jusqu’au Tibet, sa commercialisation et sa consommation. L’œuvre témoigne à la fois de la modernité du vocabulaire pictural de Wu Zuoren et d’un regard particulièrement bien informé, quasi-ethnographique, sur une chaîne d’approvisionnement en thé.

9h50. Les origines et l’essor de la culture du thé en Chine ancienne (intervention en anglais)
Livio Zanini, professeur, département d’études nord-africaines et asiatiques, université Ca' Foscari de Venise.
Cette présentation retracera les débuts du thé en Chine ancienne. Elle traitera particulièrement des origines de cette plante et retracera l’essor de sa consommation, depuis les plus anciennes traces archéologiques ou écrites jusqu’à son évolution en une pratique culturelle bien établie au VIIIe siècle.

10h10. Séance de questions

10h20. Consommation du thé et productions matérielles

10h20. La céramique dans les objets du thé des Tang aux Yuan
Catherine Despeux, professeur honoraire de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).
La période des Tang marque un tournant décisif dans l’art du thé, avec l’écriture du Classique du thé par Lu Yu. De la soupe de thé, on passe au thé employé seul, d’abord bouilli, puis battu à partir de la fin des Tang et infusé sous les Ming. Parallèlement, l’art de la dégustation se développe et influe sur le raffinement toujours plus poussé de l’art céramique des objets du thé, notamment entre les Tang et les Yuan.

10h40. Le thé sous la dynastie des Ming : l’essor de l’infusion et l’émergence de la théière (intervention en anglais)
Livio Zanini, professeur, département d’études nord-africaines et asiatiques, université Ca' Foscari de Venise.
Cette présentation retracera le développement de la culture du thé à l’époque Ming par l’étude des outils et des méthodes de préparation de ce breuvage, tels que décrits dans la littérature dédiée au thé et dans la culture visuelle.

11h. Séance de questions suivie d’une pause  

11h20. Ōtagaki Rengetsu, artiste (1791-1875)
Michel Maucuer, ancien conservateur en chef au Musée national des arts asiatiques-Guimet et au musée Cernuschi.
Artiste accomplie dans de multiples domaines, Ōtagaki Rengetsu a créé, en dehors de son œuvre poétique et calligraphique, de nombreux ustensiles pour le thé infusé ou battu. Conjuguant poésie, peinture, calligraphie et poterie, cette œuvre singulière semble se situer à la confluence de différents courants de l'époque d'Edo, sans leur être soumise. L'intervention tentera de montrer que sa modernité tient notamment au rôle de la parodie dans le processus de création.

11h40. Le service à thé personnel de l’ambassadeur d’Annam, Phan Thanh Giân, au musée de Sèvres (Bat Tràng, fin du XVIIIème siècle)
Philippe Truong
, chercheur indépendant.
Le service à thé offert par S.E. Phan Thanh Giân, conseiller impérial et Vice-Roi du Sud Vietnam, au musée de Sèvres en 1863 possède une valeur inestimable. Historique, car il a appartenu au personnage qui incarne la droiture, le sens du devoir et l’amour de la patrie. Sociologique, car son esprit nationaliste se révèle dans le choix de la manufacture de Bat Tràng (au lieu d’un bleu de Huê en usage à la cour des Nguyên) et littéraire, avec le décor de bosquet de bambou et l’inscription d’un poème. Dans le cadre de ce colloque, il permettra de découvrir une pratique du thé chez les lettrés vietnamiens.

12h. Ch’ado 茶道 : la tradition coréenne du thé au Koryŏ et au Chosŏn
Elisabeth Chabanol, responsable du Centre de l'Ecole française d'Extrême-Orient à Séoul (RC) et directrice de la Mission archéologique franco-nord-coréenne à Kaesong (RPDC). « Pour les tasses à thé, le ‘blanc neige’ est considéré comme le meilleur, le ‘céladon pâle’ vient ensuite car il n'altère pas la couleur du thé. » Vénérable Ch’o-ŭi (1789-1866), à partir d’un texte de la dynastie des Ming.

12h20. Séance de questions

12h30. Pause déjeuner

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14h. Le Japon et la cérémonie du thé

14h. Silence et résonances : la cérémonie du thé au Japon
Pierre Gautier, responsable des collections japonaises du musée Cernuschi.
Si le thé fut d’abord utilisé dans certains monastères zen à compter du XIIe siècle, c’est surtout au XVe siècle qu’une grande émulation intellectuelle et artistique germa autour des monastères de Kyoto et de la cour shogounale, favorisant de remarquables innovations dans la préparation du thé ou dans la production des céramiques. D’abord estimée par les daimyos, la classe des samouraïs et les riches marchands durant les premières décennies de l’époque d’Edo, la cérémonie du thé investit progressivement les classes citadines plus populaires, marquant la diversification des écoles.

14h20. L’architecture singulière des pavillons et des jardins de thé du Japon
Philippe Bonnin, directeur de recherches émérite du CNRS, fondateur du réseau JAPARCHI.
Avec la formalisation de la cérémonie de dégustation du thé, peu avant et avec les débuts de la période d’Edo, se précise une architecture assez particulière du pavillon de thé et de son jardin d’approche, très élaborée et même sophistiquée, que nous décrirons et illustrerons à partir d’exemples fameux, en particulier les cinq Chashitsu de la villa Katsura.

14h40. Séance de questions suivie d’une pause

15h. La diffusion du thé en Asie et dans le monde

15h. La langue du thé et ses implications dans la diffusion du breuvage (intervention en anglais)
Victor Mair, professeur de langue et de littérature chinoise à l’université de Pennsylvanie.
Hormis les termes « tea / thé / tee », qui sont essentiellement des variants du même mot, il n’existe que deux autres mots principaux pour parler de ce breuvage : « cha, chai ». En remontant jusqu’à la racine de ces mots, nous pouvons apprendre quelle fut l’origine du thé et quelles furent ses voies de diffusion dans le monde.

15h20. Les voies commerciales du thé : des routes terrestres et maritimes de la soie aux « routes des chevaux »
Monique Crick, ancienne directrice de la Fondation Baur, musée des arts d’Extrême-Orient, et Présidente de la SFECO.
Les Routes de la Soie, porteuses d’imaginaire, ont de tout temps été des axes de communication, de dialogues et d’échanges commerciaux, et ont participé à l’essor du thé chinois dans le monde. Elles nous invitent à un voyage à travers l’univers économique du thé en suivant les traces des caravanes de chameaux, de yacks ou de mules, ainsi que les voiles de jonques, de galions et autres bateaux européens.

15h40. Céramiques et consommation du thé en Grande-Bretagne au XVIIe et au XVIIIe siècles (intervention en anglais)
Aileen Dawson, Docteure ès lettres, ancienne conservatrice du département Grande-Bretagne, Europe et préhistoire du British Museum.
La consommation de thé devint à la mode à Londres au milieu du XVIIe siècle. A la fin du siècle, des céramiques adaptées à la consommation du thé chaud étaient produites en Grande-Bretagne, sous l’influence des grès chinois et néerlandais. De nouvelles céramiques, telles que des grès blancs ou des porcelaines, furent développées dans les décennies suivantes alors que le thé se répandait dans tout le pays. Théières, pots à thé, bols pour le sucre et pots à lait devinrent des éléments de l’équipement du foyer dans le courant du XVIIIe siècle.  

16h. Le Livre du thé, une source fiable sur le cha no yu ? -- Okakura Tenshin dans l'histoire de la perception du monde du thé, au Japon et ailleurs
Arthur Mitteau, maître de conférences, chercheur titulaire à l'IrAsia.
Le Livre du thé d'Okakura Kakuzô est un des ouvrages les plus célèbres sur l'art du thé au Japon en français. Traduit dès 1906 en français, livre de chevet de Georges Clemenceau, cette fortune française de l'ouvrage peut toutefois nous masquer son caractère daté, lié à un certain état de la perception au Japon même de ce que l'on appelle depuis le XIXe siècle "cérémonie du thé" (cha no yu) mais qui est un ensemble de pratiques dont l'histoire n'est pas un long fil uniforme. Comment lire aujourd'hui Le Livre du thé ? Est-ce un manuel d'histoire fiable sur l'art des réunions de thé et sur la culture associée, ou bien faut-il l'aborder à travers des précautions critiques ?

16h20. Séance de questions et fin de la journée.

Bol. Anonyme , Potier. Entre 1127 et 1279. Musée Cernuschi, musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris. M.C. 9200. CC0 Paris Musées / Musée Cernuschi, musée des arts de l'Asie de la Ville de Paris

PROGRAMME

Samedi 7 juin 

9h30. Céramique et thé à l'époque contemporaine

10h. Deux visions de la céramique contemporaine japonaise
Christophe Hioco et Néjib Ben Ali, galeristes et spécialistes de céramique japonaise contemporaine.
Lors de cette discussion à bâtons rompus, les galeristes Christophe Hioco et Néjib Ben Ali évoqueront le travail qu’ils mènent sur la céramique contemporaine japonaise. Ils confronteront leur vision de celle-ci et de ses dynamiques et s’interrogeront sur le rapport complexe et parfois ambigu qu’entretiennent certains céramistes contemporains avec le statut d’œuvre d’art et avec le possible usage de leur production.

10h30. La Céramique du Thé dans le Monde Contemporain : Une Rencontre entre l’Art, la Spiritualité et la Relation Humaine
David Louveau de La Guigneraye
, céramiste.
Travailler la porcelaine, c’est un équilibre entre tension et lâcher-prise, un dialogue silencieux entre la matière et l’instant. Mon parcours a commencé il y a 30 ans, marqué par un apprentissage exigeant et des expériences qui m’ont confronté à l’essentiel : du feu des interventions en tant que sapeur-pompier à celui des fours, en passant par un apprentissage auprès d’un maître japonais. Chaque pièce naît d’un état émotionnel précis, d’un geste spontané que je respecte sans chercher à masquer ses traces. Au-delà de la technique, la céramique et le thé sont pour moi une manière d’être, de ressentir, de partager. Une quête où le Tao guide chaque mouvement, chaque respiration, chaque rencontre.

11h. Cérémoniel et modernité
Stéphanie Le Follic, auteure et commissaire d’expositions, docteur en histoire de l’art.
Partir de la servitude formelle pour montrer comment s’en libérer est à l’origine du renouveau sculptural vécu par la céramique contemporaine entre 1960 et 2010. La production céramique contemporaine nécessaire à la cérémonie du thé peut-elle être innovante ? L’acte cérémoniel tolère-t-il l’innovation ? Fonctionnalité et variations formelles, quelle latitude dans le cas présent ? Choix et obédiences.

11h30. Séance de questions
13h30. Dégustation de thé avec Rose Rouqian Bidet (ouvert au public ayant assisté aux interventions du matin)
14h15. Visite guidée des collections permanentes de céramiques du musée Cernuschi
15h. Visite de galeries et d'antiquaires

 

Japon
Michikawa Shōzō, Mizusashi de forme sculpturale, tanka et argent, 2017, grès avec parties émaillées en argent, 17,6 x 17,2 cm. M.C. 2018-26, don de la galerie Mizen Fine Arts, 2018. CCØ Paris Musées / Musée Cernuschi, musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris
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