Le démon Buffle et l'esprit serpent

Xu, Beihong 徐悲鸿

En 1943
Papier, Encre, Couleurs - Pigments
Peinture
H. 85.1 x l. 57.9 x H. 198.5 x l. 65.5 x L. 73 cm
悲鴻; 東海王孫
M.C. 8698
Don

Buffle et serpent :
Inscription sur la pièce de titre : 牛鬼蛇神  « Le Démon buffle et l’esprit serpent »
Inscription et signature : 悲鸿癸未  « Beihong, Guiwei (1943) »
Coq et bambous :
Inscription et signature : 癸未歲盡悲鸿寫  « Peint par Beihong à la fin de l’année Guiwei (1943) »
La représentation des animaux occupe une place majeure dans l’œuvre de Xu Beihong. Parallèlement au thème du cheval, devenu emblématique de sa peinture, les sujets animaliers, auxquels il prête un caractère réaliste et parfois une dimension symbolique, sont récurrents. Les études au crayon datant de son séjour européen témoignent de l’importance du modèle animalier dans sa formation de dessinateur. Au-delà de la précision dans le rendu de l’anatomie et des proportions de l’animal, il s’attache également à la description de ses mouvements. Par ailleurs, l’admiration dont témoignent ses écrits pour Jean-François Millet ou Rosa Bonheur, et pour les peintres de Barbizon, montre qu’il apprécie une peinture réaliste de la vie rustique, qui réserve aux sujets animaliers une place importante. En transposant ses connaissances techniques du dessin et de l’huile dans le domaine de la peinture chinoise, Xu Beihong renouvelle profondément la représentation traditionnelle des animaux. Ainsi, dès 1936, sa réinterprétation d’un thème très ancien, le buffle à l’enfant, se signale par l’association du rendu réaliste de l’animal à une évocation très suggestive du paysage. Dans cette œuvre célèbre du musée Xu Beihong, la force du buffle est exprimée par sa façon de tirer sur sa corde dont l’extrémité est tenue par l’enfant allongé dans l’herbe.
La peinture du musée Cernuschi, réalisée sept ans plus tard, comporte quelques réminiscences de cette composition. Du point de vue du style, elle présente néanmoins une légère évolution puisque le buffle au serpent s’apparente à l’animal paisible qui sert de monture au Lao Zi peint par Xu Beihong en 1943, lors de son passage au monastère taoïste Dongdao guan 洞道觀. La manière dont l’animal attaché observe l’avancée menaçante du serpent recèle vraisemblablement une signification symbolique. Cette peinture étant datée de 1943, le contexte laisse à penser qu’elle évoque l’agression de la Chine par le Japon. Le même type d’opposition entre un lion et un serpent dans une œuvre datée de 1939 est un précédent sans ambigüité, puisque le lion blessé a été choisi comme allégorie de la Chine agressée dès 1938.
Dans le même contexte historique, le thème du coq, traditionnellement considéré comme un signe de bon augure, a également été utilisé par Xu Beihong pour véhiculer un message politique. L’année où éclate la guerre, il crée ainsi une œuvre inspirée d’un passage du Classique des vers qui évoque un coq chantant dans la tempête. À la suite de cet appel explicite à la résistance nationale, la plupart des œuvres de Xu Beihong prennent un caractère patriotique. La posture fière du coq réalisé en 1943 peut donc être interprétée à la lumière de cet engagement.

Référence(s) : Liao Jingwen, Yitan gongjiang Xu Beihong, Pékin, Zhongguo heping chubanshe, 1995
Tang Peiyong et Zhao Hui, Xu Beihong huihua jianshang, Pékin, Zhongguo qing gongye chubanshe, 2010
Auteur du fichier :
LPDP_38783-8_1
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