A l’occasion de l’anniversaire des soixante ans de l’installation en France de l’artiste Matsutani Takesada, le musée Cernuschi reçoit trois de ses œuvres en donation et organise un accrochage en salle Peinture consacré à cet artiste majeur de l’art contemporain japonais.

*La passerelle

Salle Peinture
Musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez, 75008 Paris

Accès gratuit dans les collections permanentes

 

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La deuxième génération de Gutai
Né en 1937 à Ōsaka, Matsutani Takesada grandit durant une période difficile marquée par la guerre. Contraint, dans un premier temps, de se former à la peinture en autodidacte en raison d’une tuberculose qu’il contracte en 1951, sa rencontre, en 1959, avec l’artiste Motonaga Sadamasa (1922-2011) est une étape décisive dans son parcours. Membre fondateur de Gutai (mouvement d’avant-garde formé en 1954) avec Yoshihara Jirō (1905-1972) et quelques autres, Motonaga sera un lien fondamental entre le groupe et Matsutani, que ce dernier rejoindra en 1963 à sa dissolution en 1972. En 1966, Matsutani gagne le Premier prix du Concours du Journal Mainichi, organisé avec l’Institut Français de Kyōto, ce qui lui permet, grâce à une bourse, de venir étudier en France. Il s’installe à Paris et intègre l’Atelier 17, où il est l’assistant de S.W. Hayter (1901-1988), peintre et graveur britannique.

Façonner la colle par le souffle
Quelques années avant son arrivée en France, Matsutani développe une technique originale basée sur l’utilisation de colle vinylique, un matériau bon marché, épais et visqueux, qu’il mélange parfois à de la peinture acrylique ou du graphite pour la teinter. L’artiste plonge dans cette colle une paille afin d’en gonfler une bulle, comme s’il souhaitait lui insuffler une force vitale. Il la façonne ensuite à l’aide d’un ventilateur ou d’un sèche-cheveux, tout en laissant une part de hasard au mouvement pris par la matière lors de sa solidification. De ces formes organiques, que l’artiste assimile volontiers à des cellules vues au microscope, émerge une certaine sensualité, parfois très suggestive. L’œuvre Cercle, créée en 2025-26, témoigne autant de cette approche que de la pratique performative de l’artiste. Spécialement réalisée pour le musée Cernuschi, Cercle fait l’objet d’une donation par l’artiste, avec deux autres œuvres antérieures lui faisant écho, Cercle 88-11-28 et Cercle 90-5-2.

Flux et traits de crayon
Matsutani commence à utiliser le crayon graphite en tant que moyen d’expression à partir des années 1970, mû par la volonté d’un retour aux fondamentaux du dessin. Il ne reviendra à la colle vinylique qu’à la fin des années 1980. De cette technique naîtra la série des Stream (« flux ») par accumulation, quasi obsessionnelle, de traits de crayon sur des grandes bandes de papier, dont une des extrémités est parfois « lavée » à la térébenthine ou au white-spirit.

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Une calligraphie en négatif
Les deux oeuvres Écriture 92-10 et Écriture 92-10-1 également exposées peuvent s’envisager dans la perspective plastique de ses Stream, mais elles peuvent aussi être rattachées au vocabulaire esthétique élaboré par les différents mouvements de la calligraphie abstraite de l’après-guerre. Matsutani ne cherche cependant pas à recréer ce geste fugace et spontané du pinceau destiné à former des signes. Au contraire, c’est l’accumulation de graphite – longue et fastidieuse – qui vient délimiter des zones blanches, créant ainsi des courbes qu’il vient ensuite partiellement remplir.

Hashigakari
Emprunté au vocabulaire du théâtre Nō, le terme Hashigakari désigne cet espace couvert – ou passerelle – reliant les coulisses à la scène. Visible du public, il a pour vocation de dramatiser l’entrée des personnages, et d’en symboliser le passage entre notre monde et le monde spirituel par un effet de perspective linéaire. C’est toutefois ici à travers une signification métaphorique qu’il convient de l’envisager : hashigakari matérialise une zone de passage par le biais de laquelle les chronologies et les temporalités se superposent et s’entremêlent dans l’œuvre
 de Matsutani. On peut également y voir ce pont, autant artistique que personnel, que l’artiste a su bâtir entre le Japon et l’Occident tout au long de sa carrière.

 

Exposition organisée en collaboration avec la galerie Hauser & Wirth et en partenariat avec le fonds de dotation Shōen.

Photographies de l'artiste : copyright Michel Lunardelli.
www.michellunardelli.com

 

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