À l’occasion du centième anniversaire de Park In-kyung (née en 1926), le musée Cernuschi rend hommage à une figure majeure de l’histoire des artistes coréens en France. Cet accrochage est organisé dans le cadre de la célébration du 140ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée. 

Salle Peinture
Musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez, 75008 Paris

Accès gratuit dans les collections permanentes

Installée en région parisienne à partir de décembre 1959, Park In-kyung (née en 1926) est aujourd’hui une des plus importantes incarnations de l’histoire des échanges culturels franco-coréens. Elle n’a pourtant pas la célébrité de certains de ses homologues établis en France plus tardivement, car, mariée à Lee Ungno (1904-1989), artiste de l’encre majeur du XXe siècle, elle a souvent fait passer sa carrière au second plan, derrière celle de son conjoint.

Le musée Cernuschi a souhaité rendre hommage à cette peintre discrète à l’occasion de son centième anniversaire. Alors que l’exposition-dossier qui lui était consacrée en 2017 offrait un panorama de ses productions des années 1950 aux années 2010, choix a été fait ici de se consacrer aux productions des dix dernières années, en témoignage d’une liberté formelle et d’une vigueur jamais démenties.

L'écriture et les jeux d'encre

Park In-kyung est une artiste de l'encre accomplie, dont le travail est en grande partie structuré par des inspirations et des normes issues de la pratique traditionnelle de la peinture et de la calligraphie. Pendant ses études à l’université Ehwa, elle est formée à pratiquer une peinture à l’encre figurative et reposant sur un répertoire conventionnel. Dans les années 1950, elle modernise son vocabulaire en adoptant de nouveaux sujets et un style plus synthétique, avant d’entamer un cheminement vers des recherches tachistes à la fin de la décennie. Si elle est souvent revenue depuis au dessin et à la figuration, la tache et le lavis restent une partie intégrante de son vocabulaire jusqu’à aujourd’hui. Toutefois, alors que les travaux abstraits des années 1960 évoquaient des paysages ou des atmosphères lumineuses, les œuvres les plus récentes tendent plus souvent à laisser libre cours au pur plaisir de l’encre éclaboussée.

Cette liberté du geste, qui tente si souvent les peintres maniant l'encre, est contrebalancée par une tendance à une structuration forte des œuvres, dérivée de la pratique de la calligraphie. Le rapport entre la peinture et l’écriture reste en effet récurrent dans les travaux de Park In-kyung. Celle-ci a d’ailleurs développé, à partir des années 1980, une série d’œuvres basées sur l’utilisation de textes manuscrits, issus de journaux, de romans, de la Bible ou de ses propres poèmes. Dans ces travaux, l’écriture coréenne peut être employée à la manière d’un simple élément plastique, qui emplit la surface de la toile, ou comme l’équivalent d’un dessin et de lavis transcrivant des paysages, qui prennent ici une forme plus synthétique que dans les œuvres antérieures de l’artiste. De manière plus significative encore, Park In-kyung adopte régulièrement des compositions systématiques. Si celles-ci découlent parfois de l’observation de la nature ou de l’ordonnancement de différents éléments sur le plan de travail de la peintre, leur structuration est, de manière évidente, issue directement de la pratique de la calligraphie et de la disposition classique des caractères chinois dans des grilles fictives de modules carrés.

 

La nature et l'abstraction

Le monde naturel est une des principales sources d’inspiration de Park In-kyung depuis le début des années 1960. Elle y trouve aussi bien des formes que des atmosphères lumineuses, des rythmes et des couleurs, fidèle en cela aux préceptes de son mari, qui l’aida, au début de sa carrière, à se libérer des vocabulaires académiques. L’âge venant, Park In-kyung se déplace moins qu’auparavant. Toutefois, l’environnement immédiat dans lequel elle vit lui fournit une multitude de sujets qu’elle continue à explorer quotidiennement. Ceux-ci sont avant tout des prétextes à des recherches formelles, comme l’indique souvent la simplicité des dispositifs adoptés. À partir de l’observation de la nature, Park In-kyung identifie en effet des rapports plastiques qu’elle s’approprie et réinterprète. Ce processus créatif explique la continuité évidente qui existe entre les œuvres figuratives et les œuvres abstraites, les éléments naturels devenant simplement inidentifiables une fois isolés et retravaillés par l'artiste. Celle-ci ne fait d’ailleurs guère de distinction entre ces deux modes picturaux, parfois difficiles à différencier dans sa production, et a passé sa carrière à opérer des va-et-vient entre l’un et l’autre. Elle voit ainsi une continuité directe entre ses semis de taches et les représentations de feuillage dans certaines de ses plus vieilles œuvres figuratives. 

Cette absence de séparation nette entre la représentation et l'abstraction est aussi très sensible dans l'usage de la couleur. Il existe deux principales sortes de peintures à l’encre laissant une large place à celle-ci. Dans la première, héritée de la peinture lettrée, l’encre prédomine et est simplement accompagnée de couleurs légères et transparentes venant compléter les compositions. Dans la seconde, plutôt issue de la peinture de cour ou de la peinture populaire, les couleurs, beaucoup plus vives et opaques, sont simplement cernées par des traits d’encre. Park In-kyung mêle souvent ces deux techniques. Si elle emploie quasi systématiquement des couleurs diluées à l’eau, plutôt que des coloris denses posés en multiples couches, elle conserve un goût pour un chromatisme vif et réduit souvent l’encre à de simples contours. Cette appétence pour la couleur l'amène aussi à employer cette dernière de manière libre, en lavis et en taches abstraites qui ne font écho à la nature que par des jeux de correspondances chromatiques. 

Cet accrochage est organisé en deux temps. Après une première présentation dédiée au rôle de l’écriture et de la tache dans les œuvres de Park In-kyung, une rotation des œuvres permettra de découvrir, à partir du 10 mars 2026, son travail de coloriste et la manière dont elle s’inspire de la nature pour produire des œuvres figuratives autant qu’abstraites.

 

Cet accrochage est organisé dans le cadre de la célébration du 140ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée.  

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