Dans le cadre de l’été vietnamien, le musée Cernuschi propose, à l’occasion d’une exposition Focus, de découvrir une sélection de brûle-parfums vietnamiens et d’objets décoratifs en bronze des collections du musée. Afin de prolonger la visite, le musée invite le public à un accrochage d’œuvres (dessins, peintures et sculptures) de Hàm Nghi, empereur déposé par les autorités coloniales françaises, qui trouva refuge dans la pratique artistique.

Salle du Bouddha et Salle Peinture
1er étage du musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez, 75008 Paris

Accès gratuit dans les collections permanentes

L'EXPOSITION FOCUS (salle du Bouddha)

Un parfum de modernité
Bronzes vietnamiens au tournant du XXe siècle

Usage rituel des brûle-parfums en bronze
L’usage de brûle-parfums en bronze est répandu à travers l’Asie orientale depuis l’Antiquité pour rendre hommage aux défunts ou aux divinités. Au Vietnam, ils sont placés sur l’autel des ancêtres dressé dans la maison. La taille des brûle-parfums varie selon l’importance et la richesse de chaque famille. Dans les temples bouddhistes, taoïstes ou confucéens, des brûle-parfums de grande taille accueillent les fidèles dans la cour, à même le sol, tandis que ceux de taille moyenne sont placés sur les autels à l’intérieur des bâtiments. À partir de la fin du XIXe siècle, la domination française sur l’Indochine entraîne une intensification des échanges et des éléments propres au vocabulaire stylistique européen sont intégrés par les bronziers vietnamiens.

Lay devant l'autel des ancêtres. Monographie dessinée de l’Indochine, Cochinchine, Tome II, planche 40. Impression lithographique sur papier, 1935. M.C. 2018-27, don de Marcel Schneyder en mémoire de ses parents, Thérèse et René Schneyder.

L’École des arts appliqués de Biên Hòa
La maîtrise des artisans bronziers vietnamiens est admirée par les premiers Français installés en Cochinchine, au sud de la péninsule indochinoise, région qui sera colonisée dès 1862. Les premières écoles françaises y sont implantées dès la fin du XIXe siècle et l’influence occidentale s’y étend avec la présence des administrateurs, des militaires et des entrepreneurs. Progressivement, les modèles occidentaux se répandent parmi les artisans qui répondent à une nouvelle clientèle française, adaptant leurs formes et leur répertoire. L’École des arts appliqués de Biên Hoà, située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Saïgon, est fondée en 1903. Établie à l’origine comme école professionnelle, elle a pour but de former des ouvriers qualifiés dans le domaine de la métallurgie. Puis une section céramique lui est adjointe, chacune de ces deux sections étant dirigée par un professeur français, assisté de moniteurs vietnamiens. Tout en veillant à conserver les savoir-faire traditionnels, l’esthétique y est profondément renouvelée : les petits métiers et les animaux sont traités de manière réaliste, tandis que les thèmes du répertoire traditionnel sont influencés par le style Art déco.

Vue de l'École d'art de Biên Hòa : un des ateliers de la section du bronze. Extrait de La Cochinchine scolaire : L'enseignement dans le pays le plus évolué de l'Union indochinoise. Brochure éditée pour l’Exposition coloniale de Paris en 1931. Archives du musée Cernuschi.

 

À partir des années 1930, l’art vietnamien s’adapte à une nouvelle clientèle occidentale en quête d’exotisme. Aux côtés d’une production traditionnelle qui se poursuit, comme celle des brûle-parfums, de nouvelles typologies d’objets comme les statuettes décoratives apparaissent répondant à des usages jusqu’alors inconnus au Vietnam.

L'ACCROCHAGE (salle peinture)

Remède à l'exil
L'art de l'empereur Hàm Nghi 

Un destin hors du commun
Singulier parcours que celui de Hàm Nghi, né en 1871 à Huế et mort à Alger en 1944, qui connut tour à tour le statut d’empereur du Vietnam, puis celui de fugitif, traqué par les militaires français dans la jungle, et enfin celui de prisonnier politique à Alger où il s’absorba dans la pratique artistique.
Son enfance est marquée par une violente crise de succession au sein de la dynastie Nguyễn et par la fin de l’indépendance du Đại Việt devenu protectorat français en 1883. Hàm Nghi est placé sur le trône en 1884, choisi pour son jeune âge, treize ans, par les régents qui exercent le pouvoir. Ces derniers lancent sans succès une offensive contre les Français en juillet 1885 et font de Hàm Nghi le porte-drapeau du mouvement de résistance anticoloniale. Le jeune homme se cache dans la jungle pendant trois ans, avant d’être trahi et livré aux autorités coloniales.

L'exil à Alger
Il est alors exilé à Alger et ne reverra plus jamais sa patrie. Ses premières années à Alger sont marquées par un état dépressif profond. A dix-huit ans, Hàm Nghi est seul et déraciné. Il ne parle pas français et ses moindres faits et gestes sont surveillés. Il sent que l’oisiveté attire chez lui la tristesse, aussi se réfugie-t-il dans l’étude : le français, l’escrime, la gymnastique et bientôt les beaux-arts. Il suit l’enseignement de Marius Reynaud (1860-1935), un peintre orientaliste installé à Alger. Au gré de ses séjours à Paris, il est séduit par le style moins sage des impressionnistes et des Nabis. Il s’intéresse bientôt à la sculpture qu’il étudie auprès de Rodin.

Les expositions parisiennes
On ne connaît que trois expositions des œuvres de Hàm Nghi, qui cède alors aux prières de ses amis, lui qui ne cherchera jamais à être reconnu. En juin 1904, il expose dix pastels au musée Guimet. En janvier 1909, il participe à une exposition collective à la Galerie Devambez. En novembre 1926, une exposition rétrospective lui est consacrée à la galerie Mantelet – Colette Weil et rassemble 38 toiles, huit sculptures et douze pastels dont trois sont présentés ici. La grande majorité des œuvres de Hàm Nghi conservées représente un morceau de nature très simple, dépourvu d’humain et saisi au soleil couchant. Le vide de ses paysages crépusculaires accueille les méditations solitaires de son esprit à la fois mélancolique et ardent.

L’œuvre peint et sculpté de Hàm Nghi qui y a travaillé chaque jour pendant 55 ans a dû être important. Une grande partie a malheureusement été détruite en 1964 dans l’incendie de sa villa où il avait fait construire un immense atelier. Un peu plus de cent œuvres sont aujourd’hui connues, conservées par sa famille en France ou offertes par l’artiste à ses amis, car Hàm Nghi ne vendait pas ses créations. Elles constituaient son mode d’expression, son langage, une discipline salutaire pour parvenir à contempler l’instant et y trouver son équilibre.

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