Dans le cadre de la célébration du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, le musée Cernuschi vous propose de découvrir, à l'occasion d'une exposition monographique, une trentaine d'oeuvres de l'artiste coréen Shin Sung Hy (1948-2009).

Du 17 avril au 2 août 2026
Rez-de-chaussée
Salles d'exposition temporaire
Musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez, 75008 Paris

Accès gratuit

Shin Sung Hy (1948-2009) est aujourd’hui un artiste reconnu du monde de l’art en Corée, où il a bénéficié de multiples expositions et intégré de nombreuses collections publiques. Il est aussi une figure importante des échanges culturels entre sa patrie et la France, où il vit de 1980 à sa mort en 2009. Son œuvre n’a pourtant été que relativement peu visible dans son pays d’adoption, malgré un dialogue particulièrement riche et fécond avec la scène artistique française. Si le travail de Shin Sung Hy entretient des rapports évidents, quoique distants, avec le dansaekhwa, mouvement pictural coréen qui prend son essor dans les années 1970 et qui se traduit littéralement par "peinture monochrome", il est surtout profondément nourri de l’exemple de Supports-Surfaces, éphémère autant qu’influent collectif d’artistes français en activité entre 1969 et 1971.

Shin Sung Hy dans son atelier parisien, début des années 1980. Courtesy Shin Sung Hy estate / gallery hyundai.

Déconstruire la peinture
Au début des années 1970, les huiles sur toile figuratives et colorées de Shin Sung Hy semblent en tout point s’opposer à l’esthétique minimaliste et aux nouvelles manières d’interagir avec leur support de ses homologues du dansaekhwa. Certes, dès 1974, Shin Sung Hy tempère fortement sa palette en optant pour des trompe-l’œil qui représentent, dans des camaïeux bruns, des toiles de jute. Toutefois, ces œuvres ne constituent pas, pour autant, un ralliement aux tendances dominantes en Corée. Elles conservent la fonction représentative de la peinture, abandonnée par le dansaekhwa, afin d’interroger la nature même de la production picturale. Le redoublement absurde, par le trompe-l’œil, d’une toile de jute peinte sur une toile de jute introduit une dissonance entre ce qui est représenté et la nature de l’objet réel offert au regard. Shin Sung Hy poursuit ces travaux après son arrivée en France, en 1980, où il espère être plus libre de poursuivre ses recherches. Très rapidement, il revient d’ailleurs à la couleur, dans des œuvres qui constituent une déconstruction, voire une destruction littérale de la peinture. Celle-ci est en effet constituée de cartons peints et déchirés en morceaux, puis collés sur un Plexiglas, sur un autre carton ou les uns sur les autres.

Retour à la peinture
Si déchirer une œuvre préexistante constitue une mise en question radicale et explicite de la peinture, comme pratique et comme objet, le repositionnement des morceaux de carton en une forme de rectangle sur une plaque de Plexiglas ou leur assemblage pour reconstituer un support témoignent du souhait de Shin Sung Hy de maintenir le dialogue avec cette discipline. Shin Sung Hy revient d’ailleurs à la peinture de chevalet dans les années 1990. Certes, il produit encore des œuvres en carton pendant quelques années, intègre régulièrement des éléments rapportés dans ses œuvres et poursuit les expérimentations avec ses supports. Toutefois, ceux-ci sont dorénavant le plus souvent des toiles tendues sur châssis. Un goût affirmé pour les couleurs amène Shin Sung Hy à créer des compositions abstraites vives et chaleureuses, dont les fonds, aux dominantes jaunes, rouges, roses et orange, sont ponctués et structurés par des taches et des traits.

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Shin Sung Hy travaillant sur la série des Nouages, fin des années 1990. Courtesy Shin Sung Hy estate / gallery hyundai.

Couturages
Au début des années 1990, Shin Sung Hy développe plusieurs séries d’œuvres, regroupées sous le nom de « Couturages », qui se distinguent matériellement des productions de la décennie précédente. Elles en sont cependant en partie les héritières, tant elles font la synthèse entre une volonté de retour à la peinture de chevalet et l’esprit des œuvres en carton réalisées entre les années 1980 et le début des années 1990. Il s’agit en effet toujours d’une peinture fragmentée et recomposée, mais qui se présente, cette fois, comme une toile tendue sur châssis. Shin Sung Hy commence par réaliser une peinture abstraite. Il déchire ensuite la toile en bandes qu’il positionne dans un nouvel ordre, puis coud ensemble ou sur une autre toile. Les bords des bandes peuvent être alors repliés vers l’extérieur de l’œuvre, créant des ourlets en relief qui viennent séparer chaque espace coloré, ou tournés vers l’intérieur, ce qui place alors les différentes zones peintes en directe contiguïté, à la manière d’un patchwork.

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Shin Sung Hy, Autoportrait, 2004, acrylique sur toile, pinceaux, miroir et cadre, fonds d'atelier Shin Sung Hy.

Nouages
Tout en poursuivant jusqu’au début des années 2000 sa série des « Couturages », Shin Sung Hy développe, dès 1997, une nouvelle technique donnant naissance à la série des « Nouages ». Il peint d’abord une toile, puis la coupe en bandes de 1 à 2 cm de large. Il noue ensuite ces bandelettes les unes aux autres et les relie à un châssis ou à une autre toile partiellement découpée, pour créer une œuvre tridimensionnelle animée par un vibrant réseau de nœuds, de lanières et de trous. Cette production crée un pont entre les travaux de Supports-Surfaces, qu’elle rappelle par la manière dont le support est traité non comme une surface à couvrir, mais comme un matériau à mettre en œuvre, et la culture coréenne. D’une part, les artistes du dansaekhwa tendent, comme Shin Sung Hy, à respecter plus volontiers le cadre de la peinture de chevalet que leurs homologues français. D’autre part, la Corée a élevé au rang d’art la réalisation de certains types de nœuds, classée aujourd’hui patrimoine culturel immatériel.

Commissariat :​
Mael Bellec, conservateur en chef, responsable des collections chinoises et coréennes du musée Cernuschi.

 

Exposition organisée dans le cadre de la célébration du 140ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée.
 

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