Un siècle d'acquisitions, déjà !

L'année 2022 marque le centenaire de la Société des Amis du musée Cernuschi. Afin de célébrer l'événement, découvrez chaque semaine un chef-d'œuvre parmi les objets offerts par la Société des Amis au musée Cernuschi, musée des arts de l'Asie de la Ville de Paris.

Société des Amis du musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez - 75008 Paris

Accueil, uniquement par téléphone, le lundi de 10h à 13h et le mercredi

+33 (0)1 53 96 21 56
www.amis-musee-cernuschi.org

À travers la variété des formes et des techniques de ces œuvres symboliques ou de ces objets témoignant du quotidien, découvrez comme Henri Cernuschi lors de son grand voyage, l’histoire des grandes civilisations asiatiques incarnées par la Chine, la Corée, le Japon ou le Vietnam, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

6. Yokoyama Taikan, Li Bai admirant une cascade, 1902

Cette œuvre illustre le poème Vue d’une cascade du mont Lushan composé par Li Bai (701-762), célèbre poète de la dynastie Tang (618-907), dont les mots évoquent son admiration face à un superbe paysage : Sous les rayons du soleil, une fumée pourpre monte du brûle-parfum / De loin je contemple la cascade suspendue au-delà du fleuve / De trois mille pieds, rapide, elle se jette et descend, droite comme une flèche / On dirait la Voie lactée tombant du neuvième ciel.

Ici le poète, enveloppé dans un habit bleu clair, seule couleur intense d’une palette volontairement sobre, est assis sur un rocher plongé dans un état contemplatif de fusion avec la nature.

Considéré comme l’un des représentants majeurs du mouvement Nihonga ("peinture japonaise"), Yokohama Taikan étudie auprès de Kanō Hōgai (1828-1888), dernier maître de l’école officielle Kanō. En 1889, il fait partie de la première promotion d’artistes de l’École des Beaux-Arts de Tōkyō, où il apprend à renouveler la peinture traditionnelle japonaise en lui intégrant des éléments de la peinture occidentale.

 

 

5. Sogdien au rython, VIIe siècle

Cette figurine de taille exceptionnelle aux traits volontairement accentués est une aimable caricature d’un "Barbare" d’Asie Centrale.

Son bonnet, bordé de fourrure est propre aux États sogdiens de Transoxiane (entre l’Amu-Daria et le Syr-Daria). Il tient de la main droite un rhyton déformé. Emprunté à la Perse achéménide (vers 559-330 av. J.-C.), ce récipient, dérivé de la corne à boire, s’était répandu dans tout l’empire hellénistique (323-31 av. J.-C.).

Les Sogdiens, particulièrement actifs en Chine du Nord entre le milieu du VIe et le milieu du VIIIe siècle, y maîtrisaient jalousement toute la filière vinicole.

Ce personnage fait partie d’un groupe de substituts funéraires réalisés en Chine du Nord et exhumés de tombes datées entre 643 et 664.

 

 

4. Qi Baishi (1864-1957), "Deux pommes", XXe siècle

Qi Baishi est un des plus importants peintres chinois du XXe siècle. Issu d’un milieu populaire du Hunan, il travaille dans un premier temps comme charpentier et se forme à la peinture en grande partie en autodidacte. Dès les années 1890, il commence à devenir connu dans sa région pour ses talents picturaux. Sa carrière de peintre et de graveur de sceaux ne prend toutefois son envol qu’après son installation définitive à Pékin en 1917 et une exposition organisée au Japon en 1922. Sa célébrité, son parcours personnel et son refus de vendre des œuvres à des mécènes japonais après 1937 lui octroient une aura exceptionnelle au sein de la scène artistique de la période maoïste.

Ces deux pommes sont représentatives du style pour lequel Qi Baishi est devenu célèbre. Particulièrement admiratif des travaux de Badashanren (1626-1705), il privilégie des sujets animaliers ou végétaux, qu’il réalise d’un style simple et puissant, construisant ses formes et transcrivant les volumes au moyen de lavis. La vivacité des couleurs rappelle, quant à elle, le travail de Wu Changshuo (1844-1927).

La peinture fut achetée par la Société des Amis du musée lors de la dispersion de la collection de Zhou Lin, ancien Président de l’Association des artistes chinois en France et directeur des éditions Euros, qui ont publié nombre de catalogues du musée Cernuschi.

 

 

3. Ours

Cet ours en bronze doré à la physionomie expressive se distingue par sa taille, exceptionnelle pour une pièce d’orfèvrerie chinoise antique. S’il s’agit certainement d’une pièce usuelle, sa fonction reste difficile à déterminer.

Toutefois, la présence d’un tenon horizontal au dos de la pièce permet de supposer que l’ours servait de soutien à un objet de taille relativement grande, comme un paravent.

Associée à l’immortalité, la figure de l’ours est un élément caractéristique du vocabulaire décoratif utilisé dans le mobilier funéraire de l’époque des Han. L’apparition de ce motif correspond au règne de l’empereur Han Wudi (140-87 avant J.-C.). Dès cette époque, ce motif animalier est attaché à la fonction de support, comme l’atteste le célèbre chaudron tripode aux pieds en forme d’ours retrouvé dans la tombe du prince Liu Sheng découverte à Mancheng, en 1968.

 

 

2. Linteau à décor de frise d'animaux et d'immortel

Les tombes Han étaient ornées de multiples décors figurés sur des briques creuses estampées, des peintures murales ou des reliefs gravés. Les motifs de ce linteau ou de cette architrave appartiennent ainsi à un programme iconographique dont les significations devraient être étudiées à l’échelle du complexe funéraire auquel la pièce appartenait.

Malheureusement, la provenance de cet élément sculpté reste aujourd’hui inconnue. Les frises d’animaux réels et fantastiques ainsi que les représentations d’hommes ailés, dont les traits hybrides caractérisent alors les figurations d’immortels, sont toutefois suffisamment fréquentes dans le mobilier funéraire Han pour pouvoir restituer une partie du sens de cet objet. En effet, si ces motifs ne peuvent être rattachés à un texte en particulier, ils sont l’expression de croyances relatives à une forme d’immortalité ou à une vie après la mort.

Ces croyances sont souvent évoquées sur les dessus de porte et de passage dans les tombes. À une époque où le taoïsme n’existe pas encore en tant que religion constituée et où le bouddhisme commence tout juste à se diffuser en Chine, elles sont susceptibles d’être exprimées au moyen d’une iconographie foisonnante, qui puise sans exclusive à de multiples sources.

 

 

1. Oreiller à la pie

Sous la dynastie Jin, fondée par les Jurchen, le répertoire décoratif des céramiques fait une large place aux motifs végétaux et animaliers rendus avec un certain réalisme. Les décors peints des grès de Cizhou illustrent bien cette tendance, en particulier ceux produits durant les décennies prospères du tournant du XIIIe s. Cet oreiller octogonal, réalisé par moulage et assemblage à la barbotine, cache, sous un engobe blanc cassé à base, un tesson gris-beige. Celui-ci, bien que très proche du corps des porcelaines blanches du nord de la Chine, présente toutefois un taux supérieur d’agents colorants, notamment d’oxyde de fer.

Le décor soigné a été tracé au pinceau grâce à un engobe brun chargé d’oxyde de fer magnétique. Cette technique ornementale, d’abord expérimentée au sein des officines de Guantai et Hebiji à partir du début du XIIe s. devint bientôt prépondérante.

Après application du décor, les objets étaient revêtus d’une couverte transparente dont la viscosité, alliée à la stabilité de l’oxyde de fer magnétique contribuaient à la grande lisibilité du décor. Celui-ci est composé, sur les côtés de l’oreiller, d’un rinceau végétal stylisé qui fait partie du répertoire commun de nombreux fours du groupe Cizhou, et, sur le plat d’une pie perchée sur un rameau dénudé. Ce thème, issu du genre pictural "fleurs et oiseaux", fait partie des sujets animaliers favoris des grès peints de Cizhou. La pie, xique, est considérée comme un oiseau de bon augure en raison du premier caractère de son nom qui signifie "joie". Ici, son rendu entre naturel et simplicité, est un écho modeste des œuvres des grands maîtres Song tels que Cui Bai 崔白 (1004-1088) ou Ma Lin 馬麟 (fin XII-début XIIIe s.).

La Société des Amis du musée Cernuschi

Fondée en 1922 et reconnue d‘intérêt public depuis 1986, la Société des Amis du musée Cernuschi (SAMC) a pour but d’enrichir les collections du musée Cernuschi, musée des arts de l’Asie de la ville de Paris, par une recherche active de mécénat et de promouvoir la connaissance des arts et des cultures asiatiques par l’organisation de conférences mensuelles et de visites-conférences d’expositions. Dès le début du XXe siècle, la Société des Amis du musée Cernuschi contribue au mouvement de redécouverte de l’Asie ancienne par des acquisitions majeures dans le domaine de l’archéologie chinoise. Parallèlement, le musée et la Société des Amis jouent un rôle de pionniers auprès des artistes asiatiques actifs à Paris et font entrer dans les collections permanentes des œuvres modernes et contemporaines en provenance de Chine, de Corée, du Japon et du Vietnam.

Plus d'informations sur la SAMC ici : amis-musee-cernuschi.org

 

 

Adoptez une œuvre ! Contribuez au retour des Dragons sculptés du musée Cernuschi

La Société des Amis du musée Cernuschi lance une campagne de mécénat participatif pour restaurer un élément d'architecture japonais exceptionnel : deux panneaux en bois sculpté représentant des dragons, d'une longueur de douze mètres. Offerte à Henri Cernuschi par Sosthène Paul de Turenne, un des premiers diplomates français au Japon, cette pièce était accrochée en hauteur derrière le grand Bouddha dans la grande salle du premier étage de son hôtel particulier construit pour exposer les quelques 5000 œuvres acquises en Chine et au Japon, lors de son grand voyage en Asie de 1871 à 1873.

La restauration de la longue frise des dragons replacée à l’endroit choisi par Henri Cernuschi rendrait à la salle du Bouddha (salle Kwok) toute sa magnificence.

Plus d'informations sur la campagne ici : Adopter une œuvre