Tigre (tora okimono 虎置物)

Entre 1603 et 1868
Bois (matériau)
Statue
Legs : Cernuschi, Henri
M.C. 2162

Ce tigre en bois laqué et doré, aux yeux incrustés de verre incroyablement expressifs, dont on a presque l’impression d’entendre le rugissement intimidant, fut admiré dans les milieux japonisants parisiens de la fin du XIXe siècle pour son attitude naturaliste, son mouvement saisi sur le vif et la justesse de ses proportions. La « Divine » Sarah Bernhardt (1844–1923), qui en avait fait l’acquisition à Paris chez Siegfried Bing (1838–1905), marchand érudit et amateur d’art japonais au goût très fin, le présenta dans l’exposition rétrospective d’art japonais organisée à la galerie Georges Petit en 1883. Elle fut ensuite obligée de s’en défaire pour des raisons financières, si l’on en croit le témoignage d’Edmond de Goncourt (1822–1896). Le célèbre écrivain retranscrit en effet dans son Journal, à la date du 17 janvier 1885, la lettre que la comédienne aurait adressée à Cernuschi à l’époque où elle jouait le rôle éponyme de Théodora, drame de Victorien Sardou (1831–1908) : « Je suis pauvre comme mon aïeul Job : voulez-vous m’acheter 3000 francs mon tigre, que j’ai payé 6000 francs chez Bing ?… Mais j’ai besoin d’argent tout de suite… Je m’adresse à vous, parce que mon tigre est superbe et japonais. »

Référence(s) : Manuela Moscatiello, catalogue Chefs-d'œuvre, musée Cernuschi, éd. Paris Musées, 2018, p. 122